Projet "So Far" Imprimer
Écrit par Marie-Annick BLONDOT   
Lundi, 21 Septembre 2009 13:45

Photo de G. AssoulineLe projet « So Far » (Social Farming) est né en mai 2006, initié par une équipe de chercheurs européens coordonnée par le Professeur Di Iacovo de l’Université de Pise. Le projet, financé par la Commission Européenne se propose de soutenir une agriculture à vocation sociale. Ce type d'initiatives est déjà développé dans certains pays européens, mais reste souvent peu lisible pour le pouvoir politique, à quelque niveau que ce soit.

Un premier forum régional avait été organisé fin juin 2007 à la Ferme de Belle Chambre, à l’initiative de Gérald Assouline, représentant français de l’équipe So Far.  Il proposait de réfléchir sur les points positifs, les faiblesses, les attentes, les besoins et les stratégies à mettre en place. Ont participé à ces ateliers : des représentants du Conseil Général de l’Isère, de la Chambre de l’Agriculture de l’Isère, des salariés de structures diverses, des administrateurs de l’Association Belle Chambre et des représentants de Sésame Autisme. 

Le Forum, organisé à Bruxelles trois mois plus tard, a débuté par un exposé des différentes expériences : coopératives italiennes, entreprise d'insertion allemande intégrant le handicap à tous les niveaux, structures légères répondant au handicap social aux Pays Bas. Bien d'autres propositions ont été aussi présentées, initiées en Irlande, en Belgique, en Slovénie et bien sûr en France.Photo de G. Assouline

Dans ce contexte, J.P. Barithel, Directeur de la Ferme de Belle Chambre, a présenté l’établissement, expliquant le travail accompli, les choix pédagogiques et éthiques à l’origine du projet. Pour Belle Chambre, il a toujours été clair que la structure agricole était un outil thérapeutique mis au service de la personne handicapée. Le bien être souvent retrouvé pour les résidents en a confirmé l’efficacité.

La confrontation des pratiques (financements, publics visés, engagement individuel, associatif...) a été riche d’enseignement mais a finalement fait apparaître la question de la place respective de l’agriculteur et du thérapeute dans un tissu social complexe :

à quel niveau doit se situer l’aide et qui doit-on former, à quelles fins ? Doit-on demander à un fermier de se transformer en thérapeute moyennant une formation adéquate ou doit-on former des éducateurs spécialisés à l’agriculture ?

Photo de G. AssoulineEst-ce une question de public cible ? Les solutions déclinées par chaque pays participant à ce forum ont montré la diversité des réponses selon les cultures respectives. Mais il reste un socle commun qui devrait fédérer toutes ces énergies : le choix de l’agriculture comme outil pédagogique reste incontournable et incontesté.

Toutes ces réalités diverses reposent sur un nouveau regard porté sur le travail et sur la personne handicapée, et chacun s’est accordé à trouver l’activité agricole comme la plus pertinente pour (re)construire une personnalité dans ses composantes cognitives, sociales et psychiques.

Il s’agit de lui redonner sa dignité de citoyen inscrit dans une communauté d’échange, qui produit et qui consomme, qui coûte et qui rend.

C’est une activité qui fait sens pour la personne handicapée mentale, activité proche de la nature et du monde animal, concrète et simple dans ses rapports avec la nourriture, le temps, mais qui peut se complexifier et s’adapter à tous les niveaux. C’est un moteur puissant propre à rendre à la personne son autonomie et son rôle d’acteur économique, selon ses moyens.

Photo de  G.AssoulineTravail social de qualité, donc, c’est aussi un travail souvent silencieux, et la réalité de ces établissements, parfois fondés depuis très longtemps, mériterait que leur soit faite une plus grande publicité. La réflexion doit donc se prolonger pour développer ce secteur de l'agriculture sociale et thérapeutique. Il s'agit de préciser le statut spécifique de ferme sociale, sa double nature, utile à la gestion des territoires comme à l'insertion des personnes handicapées. Une stratégie de réseaux sur le plan régional doit être mise en place, réseaux seuls à même de peser sur des instances politiques européennes, au moment où la PAC se redéfinit sur de nouvelles valeurs moins productivistes et (du moins peut-on l'espérer) plus humaines.

* Lire l'intervention de Mme Marie-Odile NOVELLI lors du second forum régional de mai 2008

* Lire l'article de Christel Jacson paru dans "l'âge de faire" n° 25 de novembre 2008, sur le projet So Far.

 *Photos de G.Assouline : voir l'article "Belle Chambre au travers de l'objectif"